Marseille sur Maire, de Serge Yves Ruquet, aux éd. Jigal
Genre : polar
Ça vous prend et ça ne vous lâche plus ! À consommer sans attendre.
Sylvie Callet
(voir les commentaires ci-dessous)
René Barone - monpolar
Le roman commence de manière classique avec une enquête sur un tueur en série, “Encore une histoire de tueur en série” serait-on tenté d'écrire. Mais l'auteur sait ménager ses effets et change de cap très rapidement avec l'assassinat du maire de Marseille. Alors tout bascule pour nos deux héros qui seront très vite dépassés par les évènements. Enfin, dépassés, pas tout-àfait car ils ont des ressources et il en faut pour lutter contre la mafia, les RG, les truands de tous bords, sans oublier les flics ripoux Un roman très agréable à lire, aux personnages intéressants, comme le jeune Théo, amateur de slam. Un roman au un rythme vif, aux phrases syncopées, parfois proche du rap.
Une belle réussite.
Claude Le Nocher – Rayon polar
Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER
Jeune slameur black, Théo suit un stage d'insertion au SRPJ de Marseille. Son premier contact avec le policier Yann Rannou est assez brutal. Pourtant, une bonne entente s'installe vite entre eux. Âgé de 33 ans, Yann (dit Le Breton) est chargé d'enquêter sur “le fada de Toulouse”, un tueur laissant des liasses de billets en francs sur ses cadavres. Le dossier lui est confié sur ordre de Raymonde Charles, maire de Marseille, sa tante qui a élevé Yann. Quand celui-ci se rend avec Théo à la mairie, ils croisent l'ambitieuse Aurore, principale adjointe. C'est l'ex du policier. Raymonde Charles exige que Yann s'occupe d'un promoteur immobilier, Patrick Alfon, sans préciser pourquoi.
A partir de là, Yann s'enfonce dans les pires ennuis. L'aide de Théo lui est plusqu'utile en diverses occasions. Yann doit buter son supérieur, qui menaçait de lesupprimer. Raymonde est abattue par des tueurs à moto. C'est Aurore qui assurel'intérim à la mairie. En cavale, Yann a besoin de sa protection. La DST débarque ennombre à Marseille, ce qui irrite les flics locaux. Yann veut comprendre pourquoi satante refusa le centre culturel, projet d'Alfon à l'origine de cette engatse meurtrière.
Avec Théo, ils interrogent l'architecte et Alfon. La version finale du programmeimmobilier est moins culturelle qu'annoncé. L'armée co-financerait, et un vaste étageserait consacré au jeu. L'affaire était trop puante pour l'honnête RaymondeCharles. Restant en contact avec Aurore, Yann envisage de cesser sa cavale. Mais ilest la cible des tueurs à moto, employés par des mafieux. Quand la DST s'en mêle, labagarre avec les flics locaux est sévère...
Dans la lutte contre les corrompus et prédateurs de tout poil, si rien n'est gagné, rien n'est perdu. Tant que certains gardent au coeur un idéal de justice, un monde honnête reste possible. Mieux vaut un éternel combat que la victoire définitive des crapules puissantes.
Telle est en substance la morale de cette aventure agitée. L'intrépide Yann et son compère Théo sont entraînés dans une tourbillonnante succession de péripéties. Ils reçoivent autant de mauvais coups qu'ils en donnent. Ces purs et durs, chasseurs de manipulations, quêteurs de vérité, sont absolument attachants. Autour d'eux, quelques uns se rallient à leur cause. Un réjouissant roman d'action.
CLAUDE LE NOCHER
Patrick Galmel – Pol'Art Noir (4 étoiles sur 5)
Commentaire par Patrick Galmel le 22 novembre 2007
C'est toujours pareil! On se prépare une petite soirée tranquille — pantoufles, bibine et coupe d'Europe — et voilà qu'une vieille en profite pour se faire dessouder et qu'il faut reprendre du service, illico. « Radasse, va !.. »
Le lieutenant Morel l'a mauvaise en cette soirée froide de janvier, tout comme son "collègue" Théo, pris dans le même traquenard. Je mets les guillemets parce que "collègue", c'est un bien grand mot pour l'occasion. Théo est en fait un jeune black des quartiers nord de Marseille pris dans un programme spécial du ministre de l'intérieur et réservé aux primo délinquants (en l'occurrence, un refus de contrôle d'identité). PPP ça s'appelle : deux séjours d'une semaine en immersion dans un commissariat. Pour l'instant, Théo est affecté en Avignon et la semaine prochaine, il retrouve l'Évéché.
En attendant, une espèce de tueur psychopathe a encore frappé. Une femme, comme d'habitude, comme à Toulouse, Carcassonne,
Montpellier, et toujours ce rouleau de billets de cinq cents francs déposé sur les victimes. Et tout ça en trois jours !
Serge Yves Ruquet avait frappé fort avec son premier roman, Frères d'Armes, il récidive ici avec talent et transforme son premier essai avec brio.
Tout au long de Marseille sur Maire, nous allons naviguer en compagnie d'un duo savoureux composé d'un flic taciturne et de son poulain Théo, le fameux PPP. Avignon n'est qu'une étape dans la vie de Théo — Marseille est son port d'attache — et le lieutenant Morel sera bien vite remplacé, en tant que tuteur, par Rannou quand le tueur itinérant aura atteint la capitale phocéenne.
Serge Yves Ruquet avait déjà montré une verve flamboyante, et il s'en donne à nouveau à coeur joie avec le personnage de Théo :
« La langue française, le jeune, c'est sa passion. Sa gourmandise. À tel point qu'il passe son temps à se forger son propre vocabulaire. Ganymède, c'est un satellite de Jupiter. Théo a trouvé ça un jour par hasard, sur Internet, alors qu'il se cherchait un nom d'artiste. Ganymède est composé de glace, exclusivement. Alors, depuis ce jour-là, le Black a décidé de "c'est Ganymède" signifierait "ça caille !" »
Et de l'inventivité, Serge Yves Ruquet, comme Théo, en a à revendre. Avec lui, avec eux, la langue est vivante, frétillante même. Reste que des dialogues, même savoureux, ne font pas une intrigue… Alors, sur les traces de ce tueur aux billets, Serge Yves Ruquet va nous embarquer dans une histoire de magouilles immobilières comme Marseille en connaît. Et de l'immobilier au politique, il n'y a jamais bien loin. Il faut dire que Ranou n'est autre que le neveu de Madame le Maire, et que celle-ci se fait assassiner par des tueurs à moto. Dans le sud, on connaît ces méthodes, on sait ce que ça signifie : la mafia…
Même si tout au long de son roman l'auteur garde un ton léger et qu'on se marre franchement en tournant les pages, il met aussi en scène une réalité : la présence avérée de la mafia dans les rouages du pouvoir. Son intrigue tient la route, mais ça n'est pas innocent si son roman s'ouvre sur cette phrase de Jean Ziegler : « La France est certainement le pays d'Europe où la conscience de la présence mafieuse est la moins développée dans l'opinion publique. »
Marseille sur Maire est un excellent divertissement, rythmé, plein d'action et d'humour, peuplé de personnages hauts en couleur et néanmoins crédibles dans leur caricature (à ce titre, Madame le Maire n'est pas sans rappeler Edmonde Charles Roux, l'épouse de Gaston Deferre, longtemps maire de… Marseille), mais c'est aussi une leçon de "real politique". Une leçon qui prend parfois des allures d'aventure à la Pieds Nickelés, mais une leçon tout de même…
Ce qu'on en dit sur le forum de Pol'Art Noir (Avis de lecteurs) :
Par MacOliver, le 13 Décembre 2007 (5 étoiles sur 5)
Ayé fini. Suis à la fois secoué et triste.
Secoué car c'est une belle mécanique de machine à laver ce polar : on en prend plein la vue. Dès la partie de poker on a plus le contrôle, quel pied.
Triste car on s'attache à Rannou certes, mais Théo alors ! J'espère le revoir au détour des pages.
Par Le Cafuron, le 8 Décembre 2007 (5 étoiles sur 5)
J'avais beaucoup aimé Frères d'Armes, du même auteur. J'ai adoré Marseille sur Maire. S.Y. Ruquet continue de dénoncer les complots dont notre république Bas à Asnières, Haut à Neuilly, s'accommode si bien. Le style est toujours là : truculent. L'intrigue fait plus que tenir la route, les rouages sont bien huilés. Comme le ministre de la culture du livre, l'auteur utilise le quinzième degré lorsqu'il conclut par ces mots : "Ceci est un polar. Une fiction. Un délassement."
Rien à redire, c'est du très bon SYR ! Et ce n'est pas du SYRage de pompe, ce n'est pas le genre de la maison.
Par Michalon, le 14 Novembre 2007 (4 étoiles sur 5)
Tueur en série, crime mafieux, ripoux, magouille politique, combine immobilière, barbouzeries, Serge Yves Ruquet n'y va pas de main morte dans son deuxième roman. Il le mène à un rythme d'enfer dans les rues de Marseille, et son nouveau duo, un flic breton et un réfugié rwandais converti au slam nous fait très vite oublier celui de Frères d'Armes.
Ce qu'on n'oublie pas par contre c'est pourquoi son premier livre nous avait plu.
On retrouve avec plaisir son style et son humour. Les bastons, les canardages sont toujours aussi enlevés et vivants (on entend presque les détonations et le bruit des bourre-pifs), les dialogues et les bons mots toujours aussi savoureux et rigolos.
Rares sont les pages où l'on ne sourit pas (sauf celles sur le cauchemar récurrent de Théo) et le conseil des Ministres à la fin du livre vaut son pesant de cacahouètes.
Syr pousse son bouchon jusque dans la note d'auteur qui précise que toute ressemblance avec des personnages réels serait fortuite et involontaire alors qu'on en reconnaît très vite plusieurs notamment celui qui pourrait se cacher dans le costard du Ministre de l'Intérieur un peu, tout petit peu, corrompu...
Bref un livre agréable et amusant !
Le seul petit défaut c'est qu'à trop vouloir concentrer l'intrigue et les rebondissements sur quelques jours, ça perd un peu en crédibilité et en vraisemblance, comme PPDA le fait d'ailleurs lui même remarquer dans le roman lorsqu'il présente l'incroyable spirale de violence qui semble toucher la cité phocéenne.
Quatre étoiles donc, un poil moins brillantes que celles de Frères d'Armes, mais bien visibles tout de même ! |